Les Pères de l'Église dans la vie quotidienne
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Pour nous, mes très chers frères, qui sommes philosophes, non de bouche, mais de fait ; ne faisant point consister la sagesse dans le manteau, mais dans les œuvres, et la vertu dans le témoignage d’une bonne conscience, plutôt que dans la renommée ; nous qui aspirons à être grands, moins dans notre langage que dans notre vie, pratiquons, comme de véritables serviteurs de Dieu, la patience telle que notre divin Maître nous l’a enseignée par ses instructions et ses exemples. C’est là une qualité qui nous est commune avec Dieu. C’est lui qui en est la source, c’est de ce principe sublime qu’elle tire tout ce qu’elle a d’éclat et de valeur. Son origine et sa grandeur émanent du Père céleste. Une vertu qui est si chère à Dieu doit être aimée des hommes. Quel titre de recommandation pour un bien, que d’être agréable à une si haute majesté ! Si nous reconnaissons Dieu pour notre Seigneur et notre Père, imitons la patience du Dieu notre Seigneur et notre Père : des serviteurs doivent obéir à leur maître ; il est indigne à des enfants de dégénérer de la vertu de leurs pères.
Or, quelle patience dans notre Dieu ! Il voit les hommes, au mépris de sa majesté et de l’honneur qui lui est dû, ériger des temples profanes à l’œuvre de leurs mains, s’abandonner à de sacrilèges adorations ; et il le souffre avec patience. Il n’en fait pas moins naître le jour et luire son soleil sur les bons et sur les méchants ; et quand il fait descendre sur la terre les rosées du ciel, il n’excepte personne de ses bienfaits, et prodigue indifféremment des pluies vivifiantes sur les champs du juste et de l’injuste. C’est avec la même mesure toujours constante d’une parfaite égalité que nous voyons les éléments servir indifféremment au coupable et à l’innocent, à l’homme religieux et à l’impie, aux cœurs reconnaissants et aux ingrats. C’est pour les uns et pour les autres que soufflent les vents, que coulent les eaux des fontaines, que les blés croissent et nous donnent les moissons, que la vigne nous prodigue ses trésors, que les arbres se chargent de fruits, que les forêts étalent la pompe de leur feuillage, et les prairies s’émaillent de fleurs. Et quoique la justice de Dieu soit irritée par nos offenses fréquentes et journalières, il suspend les effets de son indignation, et attend avec patience le jour qu’il réserve au châtiment. Bien qu’il ait en main la vengeance, il aime mieux exercer une longue patience ; sa bonté tient la punition suspendue, et la diffère pour donner à la malignité du pécheur le temps de s’épuiser et de se retirer de cette fange impure, où elle va roulant ; car il dit lui-même : « Je ne veux pas la mort du mourant ; j’aime bien mieux qu’il revienne et qu’il vive ». Et par la bouche d’un autre prophète : « Revenez au Seigneur votre Dieu ; car il est bon et miséricordieux, plein de patience et de douceur, et il révoque quelquefois les arrêts de sa justice contre les iniquités des hommes ». De même saint Paul, rappelant les pécheurs à la pénitence : « Est-ce, dit-il, que vous méprisez les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa longanimité ? Ne savez-vous pas qu’il n’use de cette patience et de cette bonté que pour vous amener à la pénitence ? Et vous, par votre endurcissement et votre impénitence, vous vous amassez des trésors de colère pour le jour de la vengeance et de la révélation du juste jugement de Dieu} qui rendra à chacun selon ses œuvres ». Il appelle juste le jugement de Dieu, parce qu’il vient tard, parce qu’il est toujours différé ; et pourquoi ? Afin que la longue patience du Seigneur donne au coupable le temps de revenir à la vie ; et le châtiment ne vient frapper le pécheur que quand la pénitence ne peut plus être pour lui un moyen de salut.
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